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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 10:16

Avec un titre comme Deep Evil, qui fait tellement "généré aléatoirement par un programme informatique à partir d'une liste de mots associés aux films d'horreur", on est à peu près sûr de tomber sur un navet sans imagination. Normalement, j'essaie de me retenir d'acheter ces trucs-là maintenant, mais celui-ci avait quand même deux éléments en sa faveur. Déjà, la gueule du monstre donne l'impression que le responsable des effets spéciaux n'a pas voulu se donner la peine de concevoir un costume lui-même mais a simplement customisé une réplique de celui de la bestiole de L'Etrange créature du Lac noir en espérant que personne ne remarque la supercherie. Ca fait nanar, et donc ça fait envie. Ensuite, ça met en vedette Lorenzo Lamas, qui a eu une brève carrière de star du direct-to-video d'action grâce au succès de la série télé Le Rebelle, et dont je n'avais encore rien chroniqué. Or maintenant que j'ai fait  Joe Lara, la moindre des choses c'était quand même de tenter son "évolution pokémon" dans le genre bellâtre ténébreux à cheveux longs, avec des stats juste un tout petit peu plus élevés en jeu d'acteur et en charisme. Le hasard fait également que c'est l'occasion d'illustrer mon propos sur la différence entre les vieilles copies d'Alien, celles qui devaient se sortir un peu les doigts du cul pour attirer du public dans les cinémas de quartier, et les plus récentes, des téléfilms vendus à des chaînes qui n'ont rien à cirer de la qualité de ce qu'elles mettent à l'antenne.

L'histoire de Deep Evil est racontée sous forme de flashback par un personnage tellement fort en flashbacks qu'il peut même raconter des scènes qui ont eu lieu en son absence, des scènes qui n'ont eu lieu que dans l'imagination d'autres personnages et, cerise sur le gâteau, sa propre mort et les événements qui ont suivi. Tout ça, sans que son interlocuteur ne tique ! Oui ça sent un peu le scénario réécrit en plein tournage, peut-être parce qu'un producteur est passé visionner les rushes et a décidé que ce serait drôlement plus accrocheur pour le téléspectateur si on démarrait par la fin, et drôlement plus mémorable si on concluait sur un coup de théâtre éculé. Mais au cas où ça vous intéresse, donc, c'est un clone d'Alien et Predator où un commando militaire est envoyé dans un laboratoire menant des expériences secrètes pour l'armée en Alaska. Les personnages se limitent à quelques caractéristiques sommaires qui n'auront finalement aucune incidence sur le reste du film : Lorenzo Lamas aime niquer des gonzesses, la capitaine est une dure à cuire, le petit jeune est un peu con, ce genre de choses. Les savants qui les accompagnent sont évidemment peu loquaces sur les raisons de leur intervention si ce n'est que le personnel ne répond plus, mais une fois sur place, il leur faut cracher le morceau assez vite : ils s'amusaient avec un virus extraterrestre récupéré sur un fragment de météorite, et il a muté en dangereuse créature qui est en train de tuer tout le monde.
 

-Mais chef, on a déjà filmé la scène où l'héroïne rentre chez elle retrouver sa fille à la fin...
-Oui c'est très poignant ce serait bête de la jeter mais c'est pas grave, disons qu'elle ne fait que l'imaginer dans sa tête.
-Mais chef si c'est dans sa tête, comment le mec qui est déjà mort peut inclure la scène dans son récit ?
-C'est toi l'artiste, Coco, je te fais confiance pour mettre mes idées en forme.


Alors comme je disais l'autre jour, quand les Italiens tentaient une repompe à petit budget dans les années 80, ils se contentaient certes d'un scénario bébête aux rebondissements prévisibles, mais ils mettaient quand même un peu de moyens dans certains éléments pour élever le niveau. Musique, décors, ce qu'il fallait de cascades et d'effets pyrotechniques, de quoi avoir l'air d'un vrai film, même quand on n'est qu'un ersatz. Mais dans quelque chose comme Deep Evil, tout est bas-de-gamme et tout le monde, des techniciens aux acteurs, n'est là que pour toucher son chèque. La BO a clairement été composée en mode pilote automatique par un mec qui sonorise 5 à 10 productions fauchées du même genre par an, les intérieurs de la base militaire sont tournés à contrejour pour masquer le fait que c'est un centre de conférences ou une MJC dans une bourgade canadienne, les 3 mêmes couloirs et sous-sols sont filmés sous tous les angles pour représenter les différents lieux du laboratoire, l'hélicoptère est en images de synthèse foireuses...

Voilà le genre de cadrage qui vous donne une idée du niveau de soin
apporté au produit par les gens qui ont bossé dessus.

On saluera quand même la belle idée d'escroc qui a consisté à donner aux extraterrestres le pouvoir de se changer en eau. Attention hein je vous parle pas de devenir une créature liquide comme le T-1000, non, non, vraiment, juste de se changer en eau. Vous vous rendez compte des économies que ça fait sur les effets spéciaux, quand en guise de monstre vous pouvez simplement avoir une flaque par terre ou des gouttes qui tombent du plafond et des acteurs qui y réagissent comme s'ils étaient en panique ? En cours de route, le réalisateur a dû se dire qu'il ne pouvait quand même pas se foutre de la gueule du public comme ça pendant 90 mn et le virus mutant devient donc une nuée d'araignées, probablement parce que le responsable des effets numériques avait sur son ordi un modèle d'araignée récupéré d'un autre film ou dans une banque d'objets 3D libres de droit. Dans le dernier quart d'heure c'est le costume en caoutchouc qui prend le relais et, pour être honnête, à l'écran il fait un peu moins "j'ai pris un monstre d'un autre film et je l'ai mis dans le mien". Il n'est pas spécialement réussi pour autant, et l'idée qu'il représente une menace terrible pour l'humanité entière est assez ridicule. Hooooo, regarde, ils savent faire des cabrioles, et ils attaquent un par un parce qu'en vrai on n'a qu'un seul costume pour représenter tout le troupeau ! C'est terrible, il n'y a vraiment qu'une bombe atomique qui pourra mettre fin à ce cauchemar !

Pour un streum qui peut se métamorphoser en plus ou moins tout ce qu'il veut,
c'est un peu bizarre d'avoir choisi comme forme ultime un vieux film de superhéros de Wes Craven.

Ses quelques éléments nanaresques auraient pu faire de Deep Evil une couillonnade assez drôle, mais je me suis plutôt ennuyé devant. Pour faire basculer le film du bon côté, il aurait sans doute fallu que Lorenzo Lamas se révèle un peu plus intéressant comme tête d'affiche. Sans le côté kitsch du look "couverture de roman sentimental pour fille qui aime les bad boys au grand coeur" associé à sa fameuse série télé, c'est juste un acteur parmi d'autres. Il n'est pas risiblement mauvais comme Joe Lara, il n'a pas le physique hors norme d'un Lou Ferrigno ou la grande gueule d'un Jesse Ventura, il ne fait pas de karaté... Il aurait pu échanger son rôle avec n'importe lequel de ses collègues sur le tournage sans rien changer au film. Alors oui, le film est un peu amusant à raconter ("tu te rends compte, le mec raconte qu'il est mort et que le reste du groupe a continué sans lui !"), mais à regarder c'est un peu laborieux, et même en cette période où on est nombreux à avoir beaucoup de temps à tuer, vous avez forcément mieux à faire.

 


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Deep Evil, menace extraterrestre (Deep Evil, 2004). réalisé par Pat Williams (Dead Rising: Endgame) sur un scénario de Kevin Gendreau (Warbirds) et Lindsay James (Malibu Shark Attack). Avec Lorenzo Lamas (Le Rebelle), Ona Grauer (Percy Jackson, le voleur de foudre), Jim Thorburn (Dead Rising; Endgame), Adam J. Harrington (Harry Bosch), Rachel Hayward (L'Art de la guerre II : Trahison), Will Sanderson (BloodRayne).

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Fais pas ta pute

Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

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